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Henri de Tourville

1842-1903

 

Henri Le Tendre de Tourville

(Paris, 19 mars 1842-Château de Tourville, Calvados,
5 mars 1903)

 

 

par Antoine Savoye

Milieu familial

 

Son père, Ernest Le Tendre de Tourville (1805-1881), ancien élève de l’Ecole polytechnique (promotion 1822), est secrétaire au ministère de l’Instruction publique (sous le ministère Martignac), puis avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation (1831-1845).

Sa mère, Lucile de Roucy, est originaire de Noyon (Oise).

Une sœur, Henriette, et deux frères Adrien [1]  et Lucien.

 

Formation

 

Instruit par son père qu’assistent les abbés Soubiranne et Foulon, ce dernier supérieur du Petit Séminaire de ND des Champs

Inscrit à l’Ecole de droit de Paris (1861-63) et suit, en auditeur libre, des enseignements de l’Ecole des Chartes (c. 1864)

 

Fréquente le salon de l’abbé Henri Perreyve (1830-1865) [2]. Là, il se lie avec de jeunes étudiants catholiques comme Maurice Sabatier (futur avocat), Albert Gigot (futur avocat et préfet), Paul Thureau-Dangin (futur historien du catholicisme et académicien) et Robert Dufresne [3].

Mgr de Ségur qui est son confesseur lui révèle sa vocation religieuse.

Entre au séminaire des Sulpiciens d’Issy (octobre 1865). Se passionne pour les sciences religieuses. Mais de santé fragile, il doit fréquemment interrompre ses études. Ordonné prêtre le 7 juin 1873.

 

Prêtre parisien

 

Vicaire à la paroisse Saint-Augustin (Paris VIIIe) (1873-1881) tout en résidant à l’Ecole Fénelon dirigée par l’abbé A. Girodon. Il veut mettre à profit son ministère pour créer une œuvre éducative de jeunes gens qui serait le « berceau d’un petit Louvain à la française ».

Se consacre, de plus, aux petites gens (ouvriers, institutrices au cachet, femmes de chambre, domestiques) dont il devient le confesseur attitré.

Eloigné de son office par la maladie en 1881.

 

Conversion à la science sociale

 

Entre en relation avec Le Play en 1873 et devient « fervent playiste (sic) » (1876)

Adhère aux Unions de la paix sociale (UPS) en 1875, tout comme ses frères.

Organise des conférences sur la science sociale, aidé par Maxime Lahaussois (1832-1898), intendant militaire et membre de la SES, puis, sur les conseils de Le Play, par Adolphe Focillon (1823-1890) qu’il rémunère personnellement.

Etoffe ce dispositif en créant un cours technique d’enquête monographique (1877), puis institue un enseignement régulier et complet de science sociale qu’il dénomme « l’Ecole des voyages » où il intervient avec A. Focillon, E. Demolins, U. Guérin, etc.

Correspondant d’une des cinq Unions de la paix sociale de Paris (1882), il est élu au conseil d’administration de la SES (1883).

 

Son projet de constituer un dispositif d’enseignement autonome ayant dressé contre lui la majorité des administrateurs de la SES et des correspondants des UPS, H. de Tourville s’éloigne brusquement de l’Ecole de Le Play (1885). Avec quelques personnes partageant son orientation scientifique, il crée une revue La Science sociale (1886) dont la direction appartient à E. Demolins.

Approfondissant ses recherches théoriques et méthodologiques, il met au point un instrument, pierre angulaire d’une science sociale désormais autant tourvillienne que leplaysienne : la « nomenclature des faits sociaux ». Le manifeste de cette nouvelle école qui devient la rivale de la Société d’économie sociale – dont elle est issue – et de sa revue La Réforme sociale, paraît dès 1886 dans La Science sociale [4].

 

Son réseau proche

 

Depuis le manoir de Calmont, construit à son instigation par les Dufresne (1883-1886), près de Dieppe, où il est accueilli pour de longs séjours, H. de Tourville anime le réseau de science sociale qu’il a créé. Il y reçoit ses proches et, surtout, entretient une vaste et dense correspondance. Jusqu’à son décès, il sera le mentor de tous les chercheurs en science sociale et aussi, à bien des égards, son mécène, finançant revue et enseignement.

 

Au nombre de ses proches, on compte Edmond Demolins, Paul de Rousiers, Robert Pinot, Prosper Prieur, Paul Bureau, Albert Dauprat, Gabriel Melin. Et une phalange de prêtres souvent engagés dans la rénovation de l’Eglise catholique : les abbés Félix Klein, Hippolyte Hemmer, Georges Picard, Claude Bouvier.

 

 

Sur Henri de Tourville :

 

Bouvier, abbé Claude, Un prêtre continuateur de Le Play. Henri de Tourville, Paris, Librairie Bloud, 1907

Dieux, R.P. Marie-André, de l’Oratoire, L’Abbé de Tourville 1842-1903, Paris, Ernest Flammarion, 1931

Prieur, Prosper, Henri de Tourville, Paris, Librairie Plon, 1911

 

 

 

 

NOTES

 

[1]  de Tourville, Marie-Pierre-Adrien Le Tendre, né le 12 juillet 1838. Maire de Tourville, il est nommé préfet de l’Allier (16 octobre 1873), d’Eure-et-Loir (11 novembre 1874-13 avril 1876), de la Meuse (1877).

 

[2] Après avoir rejoint le Nouvel Oratoire des abbés  Gratry et Pététot, Pereyve est aumônier au collège Saint Louis et à Sainte Barbe, puis professeur à la Faculté de théologie de Paris (1863). Il est par ailleurs membre depuis 1861 de la Société d’économie sociale (SES) fondée par Le Play.

 

[3] Plus proche ami de Tourville, Robert Dufresne (1842-1920) est originaire de Dieppe. Fils d’un avoué, propriétaire terrien, il sera avocat . Il adhère au mouvement leplaysien en même temps que son ami. Dupanloup en fait un de ses secrétaires lors du concile du Vatican (1870).

 

[4] Tourville, H. de (1886), « La science sociale est-elle une science ? », La Science sociale, janvier, p. 9-21, février, p. 97-109,  avril, p. 289-304, décembre, p. 493-516.