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La science sociale de Le Play et Tourville

et le monde germanophone : regards croisés (19e-20e siècles)

 

Pour la revue Les Etudes sociales (2018)

 

 

Argumentaire

 

Hormis quelques auteurs (Weber, Simmel, Horkheimer et l’Ecole de Francfort), l'histoire des relations franco-allemande en sciences humaines et sociales reste fragmentaire. Le dossier « La science sociale de Le Play et Tourville et le monde germanophone : regards croisés 19e-20e siècles », prolongeant celui que Les Études sociales ont consacré à René Worms [1], veut lever un coin particulier du voile qui concerne la science sociale de Le Play et de Tourville. Il se donne pour but un retour critique sur les travaux ayant pour objet les sociétés de langue allemande (Allemagne et Autriche, mais aussi Suisse alémanique et Pologne occidentale) au 19e et au 20e siècles, réalisés en référence à la science sociale de Le Play et de Tourville.


Quel regard les représentants de la science sociale de Le Play et de Tourville –pour la plupart français, mais pas exclusivement – ont-ils porté sur les réalités sociales des pays de langue allemande ? Quels objets ont retenu leur attention et avec quelles méthodes les ont-ils étudiés ? Dans quel contexte, à quelle fin et avec quelle portée, en retour, chez l’« observateur » lorsqu’il était français ? Telles sont quelques unes des questions auxquelles ce dossier tentera de répondre pour une période allant des œuvres majeures de Le Play (1855 et 1864) à la 2e Guerre mondiale.


En contrepoint de ce bilan critique des travaux de la science sociale tourvillo-leplaysienne sur le monde germanophone, le dossier examinera également comment les spécialistes des sciences humaines et sociales des pays concernés ont reçu ces travaux et quels usages ils ont pu en faire, non seulement dans l’époque mais aussi postérieurement et jusqu’à la 2e guerre mondiale.
Ce dossier comportera trois axes.

 

Axe 1 : Le Play et le monde germanique


On sait que Le Play, dans son étude comparée des sociétés européennes, a privilégié la comparaison avec l’Angleterre. Mais, de 1829 à 1855, il a aussi beaucoup parcouru et étudié l’Allemagne.


Qu’a-t-il tiré de ses enquêtes sur le « terrain »  allemand dans Les Ouvriers européens (1855) et dans La Réforme sociale en France (1864) ?


A-t-il eu des émules [2] ou des concurrents, français ou allemands, qui ont accompli des recherches selon les mêmes principes et sur les mêmes objets ?

 
Comment son œuvre a-t-elle été reçue dans les pays de langue allemande, de son vivant et au-delà ?

 

Axe 2 : Les sociétés germanophones, un objet durable


Après Le Play, les enquêtes sur les sociétés de langue allemande se sont poursuivies, aussi bien au sein de son Ecole (voir La Réforme sociale) que chez les dissidents regroupés, à partir de 1885, autour de Tourville (voir La Science sociale). On examinera quelques unes de ces recherches et leurs résultats.

Côté français, l’attention pourra être portée sur :


• Pour les « orthodoxes », Georges Blondel (1856-1948), spécialiste nationalement reconnu de l’Allemagne et de la Mitteleuropa ;


• Pour la science sociale tourvillienne, les trois Paul : P. de Rousiers (1857-1934), P . Roux , P. Descamps (1872-1947), figures majeures de la recherche en « terrain » germanique ;


Côté germanophone, on pourra s’intéresser à Eugen Schwiedland (1863-1937), professeur à l’Université de Vienne et correspondant de Pierre du Maroussem.
On tentera ici aussi de cerner la réception « allemande » de ces travaux.

 

Axe 3 : La science sociale tourvillo-leplaysienne et le national-socialisme


Après la 1re guerre mondiale, les représentants de la science sociale se sont efforcés de comprendre l’évolution des sociétés européennes (Russie, Allemagne, Italie) qui ont abandonné la voie des démocraties libérales. Le dossier projeté traitera aussi de ce volet sur trois plans :


• Le point de vue sur le IIIe Reich développé dans Les Etudes sociales (1935-1940) ;

 
• Les héritiers de Le Play et la collaboration franco-allemande au sein des sciences sociales ;


• L’éventuelle référence à la doctrine de Le Play dans les pays de langue allemande sous le nazisme.

 

Les propositions sont à adresser, sous forme d’un bref argumentaire (1 500 s. max), accompagné de quelques éléments de présentation de l’auteur, à Frédéric Audren (frederic.audren@sciences-po.org) et Cécile Rol (cecile.rol@soziologie.uni-halle.de) avant le 30 octobre 2016.

 

Après acceptation de la proposition par le comité de rédaction des Études sociales, le texte à soumettre, d’un volume de 50 000 à 60 000 signes, sera remis au plus tard le 31 décembre 2017. Les auteurs peuvent adresser leurs articles en français ou en allemand. Les contributions en allemand seront traduites en français.

 

 

Contact

 

Cecile ROL

Martin-Luther-Universität Halle-Wittenberg

cecile.rol@soziologie.uni-halle.de

 

 

 

Notes


[1] « La sociologie de René Worms (1869-1926) », Les Études sociales, n° 161-162, 2015. En particulier, Cécile Rol « René Worms : jalons d’une réception « allemande » (1896-1933) », p. 221-249. Ce dossier, coordonné par M. Borlandi et F. Audren, s’inscrit aussi dans la suite de « Les sciences sociales au Québec : l’héritage leplaysien » (coordonné par F. Parent et P. Sabourin), op. cit., n° 151, 1er semestre 2010.


[2] Le nom de G. Schnapper-Arndt est souvent cité parmi les émules mais il reste mal connu du lectorat francophone.

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